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21 juillet 2012

14ème sommet de la francophonie à Kinshasa : un brin d’espoir pour la paix régionale ?

Le 14ème prochain sommet de la francophonie se tiendra du 12 au 14 octobre 2012 à Kinshasa, Capitale de la République Démocratique du Congo (RDC). Cette dernière est par sa population, le premier pays francophone du monde. Ce sommet se prépare au moment où ce pays hôte fait face à une guerre on ne peut plus meurtrière à l’Est, déclenchée par les Mutins du M-23.
Depuis le 30 avril dernier, La RDC est en guerre à l’Est du pays, particulièrement dans la Province du Nord-Kivu frontalière avec le Rwanda et l’Uganda. Rappelons que l’origine de cette guerre est une mutinerie qui a éclaté dans trois unités des Forces Armées (FARDC) au Nord et au Sud-Kivu.
Le M-23, dirigé par le Colonel Sultani Makenga, désirerait profiter de cette importante réunion de la francophonie pour faire entendre ses revendications. Kinshasa, pour sa part, souhaiterait tirer parti de ce sommet pour solliciter l’appui des pays francophones pour mettre un terme à la guerre dans ses deux provinces (Nord et Sud) du Kivu. La RDC continuant d’accuser le Rwanda et ses puissances alliées anglophones de soutenir le M-23, nul doute que ce sommet de la francophonie constituera une bonne occasion pour Kinshasa de soulever ce caractère linguistique (francophones contre anglophones) derrière le conflit congolais. Les conflits de la Région des Grands Lacs font toujours craindre l’effet boomerang, le M-23 est en effet aujourd’hui classé parmi les forces “négatives”.
Cette guerre qui constitue une menace pour la paix et la sécurité dans toute la sous-région des Grands Lacs d’Afrique a produit une nouvelle catastrophe humanitaire. On compte déjà de nombreux réfugiés congolais au Rwanda et en Uganda. Les organisations humanitaires locales sont à bout de souffle, faute de moyens financiers et matériels pour venir en aide à un flot ininterrompu de réfugiés. La crise économique des pays occidentaux produit déjà ses effets sur les pays du Sud grandement dépendants de l’aide et des dettes issues des pays du Nord.
Les 14 et 15 juillet derniers s’est tenu à Addis Abéba en Ethiopie, le 19ème sommet de l’Union Africaine. L’objectif était d’essayer de trouver une solution à ce conflit congolais en demandant la tenue de dialogues inter-congolais et inter-rwandais, alors que le Rwanda dit n’avoir aucun lien avec la guerre à l’Est de la RDC. Les chefs d’Etats des 11 Pays des Grands Lacs ont par ailleurs proposé la mise en place d’une force d’interposition sur les frontières rwando-congolaises pour éviter tout appui militaire à destination du M-23 en provenance du Rwanda et faire taire toutes les forces négatives opérant sur le sol congolais. Outre la crise congolaise, ce sommet de l’UA a élu sa Secrétaire Générale, Madame Nkosazana Dlamini Zuma, ex-épouse du Président actuel d’Afrique du Sud, qui a déjà traité d’autres crises continentales telles que celle du Mali, le conflit frontalier entre le Soudan et le Soudan du Sud, le plus vieux conflit somalien, etc.
Le Président François Hollande viendra-t-il à Kinshasa ?

Ce n’est pas seulement cette guerre qui entache les préparatifs de ce sommet mais aussi l’opposition interne au régime du Président Kabila dirigée par le candidat malheureux Etienne Kisekedi. Celui-ci demande au Président français François Hollande de boycotter ce sommet et de ne pas se rendre à Kinshasa afin de ne pas cautionner l’élection du Président Joseph Kabila en 2011, ternie par de nombreuses irrégularités. La question est de savoir si le Président François Hollande respectera sa parole de campagne de ne pas accepter les élections frauduleuses.
La venue du Président français à Kinshasa serait contraire à son engagement. Il nous semble que le Président François Hollande devrait se déplacer pour Kinshasa pour deux raisons majeures. D’abord, la RDC est le premier pays francophone du monde dont la richesse du sous-sol intéresse un pays industrialisé comme la France. Ne pas venir à Kinshasa serait pour le Président Hollande non seulement une erreur politique et/ou diplomatique mais aussi économique. D’autant plus que d’autres pays émergents tels que la Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud ou le Brésil s’infiltrent petit à petit dans la sous-région, là où les échanges économiques étaient plutôt réservés aux pays occidentaux plus particulièrement, comme la France, la Belgique, l’Allemagne, l’Angleterre et les USA.
Ensuite, la RDC est en guerre. Si le sommet de la francophonie avait lieu dans une autre capitale africaine ou si le Président français boycottait le sommet à Kinshasa, dans les deux cas, de nombreux congolais et leurs amis le vivraient comme un abandon, voire même un complot francophone pour la RDC et le peuple congolais. Un ami se voit au moment du malheur. Depuis 1996, le peuple congolais a souffert des guerres, des famines, des maladies. L’appui des pays francophones est essentiel pour aider la RDC et ses pays voisins francophones à retrouver la paix et la stabilité régionale, la consolidation de la démocratie et la lutte commune contre la pauvreté et des épidémies telles le VIH, la malaria et la tuberculose qui menacent les peuples sub-sahariens.
En conclusion, la guerre à l’Est de la RDC nécessite une attention internationale particulière de façon à ce qu’elle ne dégénère pas en une guerre internationale. La crise économique actuelle aggrave la situation précaire des réfugiés. Ce 14ème sommet de la francophonie est l’une des meilleures opportunités pour les pays de langue française d’analyser, de discuter et de décider des questions continentales les plus pertinentes, surtout celles en rapport avec la paix et la sécurité, la démocratie, le développement durable, la santé, l’éducation. La présence des présidents francophones comme le Président François Hollande est non seulement un moyen de rendre crédible cette organisation, mais aussi un geste de sympathie pour le peuple congolais victime de guerres et de multiples fléaux alors que ce pays regorge de multiples richesses tant humaines que naturelles.

NSENGIYUMVA Patrice